N o u s   c o n t a c t e r
À   v e n i r

Yu Jiwon

« Je travaille depuis quelques années sur l’idée de ‘réorganisation de la valeur’ par le biais de sculptures, d’installations, de vidéos, de peintures etc. Notamment, en utilisant des lieux, des objets ou tout ce qui porte la trace de la mémoire ou de l’histoire mais qui semblent abandonnés ou méprisés par la société. Lorsque je parle de valeur, je fais référence à celle que nous donnons au chose de manière totalement subjective, et en ce moment, je m’intéresse particulièrement à ce que j’appellerai ‘la valeur décorative’. Notamment dans le cadre de l’image architecturale qui incarne pour moi la coexistence de la production/création et la disparition dans un même espace-temps.
Par ailleurs, je cherche également à̀ représenter la valeur invisible des choses qui persistent dans la mémoire individuelle et collective. » Les espaces abandonnés sont des lieux atypiques où la mémoire s’est déposée. Ils témoignent aussi de la force du temps qui nous donne parfois l’impression que l’existence est vaine. L’environnement qu’on perçoit autour de nous, n’est pas un espace composé d’une étendue de vide, c’est un espace qui met en exergue les lieux et les objets. La perception des lieux accompagne toujours la perception de soi-même, par ailleurs la mémoire ouvre des pans de l’histoire où le passé et le futur se touchent et communiquent. Surtout quand on entre dans des lieux en ruine, des lieux différents de ceux avec lesquels on interagit au quotidien, ils ont un goût d’immortalité. Et à ce moment-là notre perception de ces espaces, nos sens même, nous propulsent dans le passé et alors se tisse un lien, bien que nous nous trouvions dans ce lieu pour la première fois, et qu’on ne connait pas l’histoire des gens qui y ont vécu. Ce qui s’est déposé dans les ruines, ce n’est pas ma mémoire personnelle, c’est celles d’autres, qui finiront éventuellement par m’appartenir, me construire. L’esthétique des ruines n’est pas l’expression d’une histoire commune ou d’une identité cohérente telle que celle d’un monument. Et les ruines ne sont pas non plus l’expression d’une obsession pour un passé esthétisé et fantasmé. C’est plutôt une expérience où notre nous s’unit à l’absence d’histoire et où on ne peut plus récupérer ce qui est depuis longtemps brisé.